Si vous likez cette image, vous n’avez pas compris.

Vous êtes un habitué des réseaux sociaux, non ? Bon, alors à un moment ou à un autre, vous avez vu cette image. Moi, la dernière fois, c’était ce matin, au réveil, sur Linkedin, réseau généralement orienté professionnel :

User XP versus Design

Peut-être même, dans un élan de sympathie (à moins que ce ne soit pour faire râler un designer de votre connaissance), vous avez fait un like, emporté par le côté hautement subversif de l’oeuvre et par l’évidence de son propos. Et bien vous avez tout faux et visiblement, vous n’avez toujours pas compris ce qu’est le design et ce qu’est l’expérience utilisateur. Voici pourquoi :

1. Une opposition factice :

Si on considère que vous semblez apprécier l’opposition flagrante entre UX et design dans cette image, c’est que vous devez penser qu’ils sont opposés par leur mission. Pour vous, donc, l’expérience utilisateur est en contradiction avec le design. ce qui est juste stupide, car si un produit est moche à pleurer, vous n’en aurez pas une bonne expérience. A l’inverse, si le produit est magnifique, mais que l’objet est utilisable à cause de ce nom-de-dieu de packaging qui veut pas s’ouvrir, vous n’en aurez pas non plus une bonne expérience.

Donc, User Experience et design sont étroitement liés et font parti d’un même tout. pas de contradiction.

2. Du point de vue de l’UX

Non, mais sérieusement, vous avez confondu Experience Utilisateur et comportement des utilisateurs? Et ça faire rire des gens, ça, une si grosse caricature? Ca marche? Je suis atterré. Donc, pour vous, le travail d’un UX, c’est de mapper à la va-vite des comportements de grosses feignasses pas capables de prendre 5 secondes pour éviter un coin de pelouse ? Je peux jouer moi aussi ? Ha mais oui, c’est facile, comme tout :

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Au delà du fait que c’est très méprisant, cela démontre aussi une bonne dose d’inculture du milieu : Un UX vit et travaille avec des intentions, des guidelines, des contraintes. Par exemple, quand l’objectif d’une marque est de vendre -prenons le cas d’Amazon- l’UX va proposer des espaces de ventes associées à la recherche principale : complémentaires, recoupées, contextualisées, en y ajoutant la notion d’expérience, de pertinence, tout en favorisant un ciblage effectif. Le tout en emmenant le client d’un point A vers le point B.

Pas forcément le plus rapide, ni le plus simpliste, mais le plus efficace en regard des contraintes, et le plus agréable en regard du client. Mais vous vous imaginiez quoi ? Que pour faire de l’UX, il suffit de jouer au psychanalyste avec des utilisateurs?

3. Vous avez croisé un designer, récemment ?

Oui, parce qu’à priori, vous ne les aimez pas beaucoup. premièrement, vous les confondez allègrement avec des carreleurs, des agenceurs d’espaces publics, des archis de travaux publics, que sais-je encore, mais vous ne savez pas vraiment ce qu’ils font en vrai. Bref. Ensuite, vous les considérez comme des inutiles et des indigents, puisque l’image semble prouver que l’on peut facilement se passer de leurs services, avec un peu de sens commun.

Et bien sûr, il n’y a rien de plus faux. Chaque objet que vous avez utilisé depuis ce matin a été intentionnellement réfléchi, conçu, testé, produit, contrôlé par des designers. Depuis le bol de votre café, jusqu’au bout du bouton d’interface sur l’ordinateur que vous utilisé pour faire votre like. En passant par le rasoir, le frigo, la rame de métro, etc…

Qu’on puisse croire que le design est inutile est déjà stupide en soit, mais qu’en plus on imagine un monde dont le design serait absent est une perspective angoissante. Là où le designer apporte la vision, l’élégance, la beauté, le confort, l’intention, le dessein au pur fonctionnel, il apporte aussi souvent la contradiction, le non-conformisme, le contre-pied, l’originalité, le changement. Autant de qualités que nous recherchons tous pour nous même  et pour notre entourage. pas vous?

4. Non. Les utilisateurs n’ont pas toujours raison!

Souvent, mais pas toujours. Si, en contre-partie de leurs services, on rémunère les designers et les UX, c’est que les utilisateurs n’ont pas toujours raison. D’abord, parce que la réflexion d’un utilisateur, comme le prouve cette déplorable image, c’est d’abord le MOI. En majuscule. MOI, MOI, MOI, MOI. Tout le temps. Rien n’est assez beau pour MOI. MOI à toujours raison. Au point d’en devenir un argument invalide lorsque le MOI prends le pas sur le NOUS. Peut être la seule vraie leçon de cette image.

Et la production de masse, ses contraintes, ses desseins intrinsèques, ne s’accorde pas bien avec le MOI, mais plutôt avec le NOUS, souvent avec le EUX.

Ensuite, l’utilisateur est parfois enfermé dans une logique héritée (souvent dans l’industrie logicielle) et va tordre son avis sur une solution innovante pour la faire correspondre à son jugement. Ce n’est pas à proprement parlé de la mauvaise foi. C’est juste une habitude mentale et une excuse personnelle pour justifier ses choix. Donc, par l’observation, vous vous rendez compte qu’une solution ne fonctionne pas bien (temps de réaction, interactions ratées, zones froides d’un écran), mais l’utilisateur va vous soutenir que cela lui convient.

L’utilisateur n’a pas conscience des recherches connexes sur un sujet donné, ni même de l’étendu des travaux menés dans un champ d’investigation. Vous voulez acheter une voiture ? je vais vous vendre des chevaux et l’espace du coffre, tout en sachant que ce qui va vous séduire, c’est l’odeur du neuf et le bruit sourd, profond et confortable des portières.

Enfin, l’utilisateur, l’UX et le designer ne jugent pas leurs contributions respectives sous le même angle : L’utilisateur fait appel à l’affect et la responsabilité des autres, l’UX se base sur des faits observés et le designer sur une vision, un dessein ou un enjeu : Là où le client dira :  » Je n’ai pas cliqué sur le bouton, parce qu’il est trop petit », l’UX vous dira : »Quoi qu’il en soit, le bouton n’a pas été cliqué » et le designer dira : » Nous appliquons une charte globale pour la taille des assets qui correspond à une politique définie de contenus ». Et en l’occurrence, personne n’a vraiment tort ou raison, pas plus l’utilisateur que l’UX ou le designer. Et oui, moi aussi, je caricature si je veux.

Arrêtez d’utiliser cette image.

Vous l’avez compris. Si vous utilisez ou likez cette image, vous vous rendez coupable de complaisance intellectuelle. Vous revendiquez la facilité au mépris de la technicité et surtout vous affirmez auprès des véritables pros que vous n’y connaissez strictement rien. En particulier avec des arguments imparables de type « tellement vrai », « j’adore », « +1 », et autres revendications de haut vol. Ce n’est pas parce que vous flânez sur un réseau social qu’il faut vous laissez aller.

Si vous voulez vous venger des designers, il y a suffisamment d’exemples tout à fait valables (le design anti-humain notamment). Si vous ne pouvez pas encadrer les UX designers, je vous laisse farfouiller les stores applicatifs.  Il y a de bons exemples en nombre  de mauvaises expériences.

Le prochain que je chope, je le vire de mes contacts.

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