des voitures et des tapis

En plus des considérations morales qui commencent à voir le jour avec l’émergence des voitures autonomes (ou plutôt auto-pilotées), et qui, à mon sens, sont partiellement fantaisistes, il est important de considérer ceci : Qui viendrait critiquer les tapis roulants?

Les considérations morales :

J’ai surpris récemment une discussion entre deux personnes qui faisaient un petit concours de sens commun en argumentant autours des choix moraux des intelligences des voitures autonomes. Par exemple, dans un cas a/ une voiture ne peut éviter un groupe de trois piétons qu’en percutant un mur à pleine vitesse et en tuant le passager. Amusant de voir comment le cerveau reptilien prend le pas sur la réflexion dans ces moment-là, puisque la conclusion de ce charmant argumentaire tenait peu ou prou dans un déni de technologie, et se finissait par un définitif : « c’est pas demain que je lâcherais ma Xantia ».

L’avantage de l’intelligence artificielle, c’est qu’elle n’a pas de surmoi, pas plus que de cerveau reptilien. Parce que dans 95% du temps, dans un accident de la route, la question morale ne se pose même pas : On agit par réflexe pour sauver sa propre peau, au mépris de l’éthique, même si on est plein d’alcool ou de médocs, même si on va écraser une gamine sans garantie aucune de préserver sa petite personne. Voilà bien un avantage de la machine. Elle réfléchira. Pas vous, pas moi. Elle se posera même éventuellement une question morale. Pas moi, pas vous.

Si les dilemmes moraux vous intéressent, sachez qu’il existe un très bon bouquin (de philosophie) autour de ce sujet et qui se nomme « De l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine« . Des tas de cas hypothétiques, inexploitables en conditions réelles, mais toutefois délicieusement tordus.

Des tapis

Avez-vous réfléchi à l’inestimable apport des tapis roulants dans notre société? Quelle est sa fonction première ? Quel est son vrai but ? D’aucun me répondrait qu’il s’agit de favoriser notre petit confort personnel en nous permettant d’économiser notre nombre de pas quotidien dans des espaces publics atteint de gigantisme. Certes. Pas faux. Mais ça, c’est une conséquence, pas la nature intrinsèque de l’objet. Depuis quand pensez-vous qu’un commerçant va installer un équipement pour votre confort personnel ?

Non, le vrai but des tapis roulants, c’est de fluidifier l’accès en automatisant mécaniquement la vitesse des usagers. Un client par marche, une marche par seconde. Plus le trafic est stable, mieux on connait le nombre de clients par tranche de temps donnée et mieux on dimensionne son offre.

Vous vous êtes même parfois retrouvés dans des magasins ou se trouvaient trois escalators en parallèle. Souvent, c’est pour pouvoir appliquer des règles commerciales, comme le 2 pour 1 : Deux clients qui entrent pour 1 qui sort. La légère congestion créée par le déséquilibre des entrants et des sortants incite les clients à rester un peu plus longtemps. Et donc, potentiellement à acheter plus. Malin.

Et après, on viens me parler de shadow UX, ou de Dark web…

Bref, le vrai but des tapis roulants, est de fluidifier le trafic et automatisant le flux. Laissez les gens essayer de grimper tout seuls là haut, et vous allez vite voir un bouchon se former, car tout le monde va vouloir faire passer sa petite personne plus vite que celle du voisin. De plus, des marches conventionnelles comportent un risque non négligeable de chutes et d’accidents qui vont encore ralentir l’écoulement.On voit d’ailleurs fleurir les articles décriant la pratique de marcher dans les escalators.

Le tapis roulant est donc la solution parfaite. Qui pourrait vouloir contrarier l’avancée du progrès ?

La voiture autonome

Et bien la voiture autonome, c’est tout pareil. Le gros avantage, ce n’est pas forcément la sécurité, quoi que je sois persuadé que les routes seront plus sûres, une fois débarrassées des « pilotes » que les radars automatiques n’ont pas totalement réduits à l’impuissance (au sens médical, les pauvres).

On pourrait arguer aussi de la transformation du temps de transport en temps de confort, ou de travail. Vrai aussi. Ça va tellement être bien de faire ses mails en voiture, comme dans le bus.

Non, le vrai avantage de la voiture autonome, c’est de fluidifier la trafic, en permettant au voitures de se synchroniser entres elles et en automatisant un certain nombre de goulets d’étranglement. Fini le péage de St Arnoux , bloqué pendant 45 mns. Hop, les barrières ouvertes et la redevance payée par géolocalisation. Fini l’attente à la sortie du parking, mais un simple contact de ma montre connectée sur l’interface embarquée pour accepter la quittance du droit de m’arrêter.

Fini les feux rouges! Les voitures se croiseront dans un balai d’apparence chaotique, mais parfaitement coordonné, avec tout de même le risque de provoquer quelques sueurs froides aux occupants, les premiers temps…

Fini la voiture ?

Car en définitive, la voiture sans pilote deviendra un moyen de transport en commun individuel, tout le monde allant dans une direction au même rythme. On peut se demander quel sera la valeur ajoutée (à part notre très chère intimité) de posséder un véhicule qui ira à la même vitesse que les bus automatiques, les taxis automatiques, les trains automatiques…

D’ailleurs, il me parait tout de même étonnant que l’on n’ai pas étendu l’automatisation au ferroviaire plus tôt. Je parle d’extension, car l’automatisation est déjà effective sur de nombreux réseaux ferrés urbains. Pourquoi ne pas passer à l’autonomie complète des trains français, avant de passer au marché des individuels ? Gouvernance et société française?

Qui remettra….

…en cause les tapis roulants? Combien parmi ceux qui aujourd’hui remettent en cause l’existence même des voitures autonomes, au nom de leur perte de pouvoir décisionnel, au nom de leur liberté individuelle, de leur autorité à faire vroum, oui, combien de ceux-là prennent les marches, plutôt que l’escalator? Combien ?

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